Machin a dit

Entrée de décembre 2007

Ces films que vous ne verrez jamais

Samedi 29 décembre 2007 · Laisser un commentaire

Cervantès a dit: 

“Se retirer n’est pas fuir”

Terry Gilliam a dû trouver cette maxime terriblement ironique sur le tournage de son Don Quichotte. Le réalisateur de Brazil avait pu réunir autour d’une adaptation du chef d’œuvre espagnol un casting de rêve : Jean Rochefort et Johnny Depp, pour un projet que Gilliam avait à cœur depuis une décennie. Hélas, le film restera comme l’un des plus grands échecs de l’histoire du cinéma, le tournage étant arrêté au bout de six jours ! Don Quichotte, alias Jean Rochefort, incapable de monter à cheval à cause d’une hernie discale, le décor ravagé par une tempête de grêle improbable. Rien ne subsiste du film, si ce n’est un « unmaking-off » génial, intitulé Lost in La Mancha.

L’homme qui a tué Don Quichotte est un exemple passionnant d’une facette cachée du cinéma : les films que l’on ne verra jamais.

Le plus célèbre des films non réalisés est probablement le Crusades produit par Mario Kassar.

                                 crusades

Projet pharaonique, le film devait réunir dans les années 90 Arnold Schwarzennegger en combattant de la cause chrétienne, sous la direction de Paul Verhoeven (Total Recall, Starship Troopers). Annoncé comme le film le plus cher de l’histoire, le projet est finalement abandonné par Mario Kassar, à qui son étoile conseille plutôt d’investir dans l’Ile aux Pirates, avec Geena Davis. Foutue étoile… Le projet est finalement repris plusieurs années après, et la grande épopée violente laisse la place à un sous-Gladiator avec Orlando Bloom en chevalier désabusé : Kingdom of Heaven.

Le chapitre des films abandonnés, puis repris des années plus tard avec une équipe différente, est quelque peu fourni. Les bons exemples ne se bousculent pas, mais les films médiocres sont légions. Le plus récent, « Je suis une Légende » devait à l’origine faire survivre Arnold Schwarzenegger (encore), sous la direction de Ridley Scott. On regrette déjà la vision du réalisateur britannique (Alien, Blade Runner).

Dans le même chapitre, Intelligence Artificielle, sûrement le plus mauvais film de Spielberg, porte en lui les germes de son déséquilibre : le film devait à la base être réalise par Stanley Kubrick. I.A. était effectivement le dernier rêve du maître, mort après avoir terminé le script. Là encore, le film à la morale hollywoodienne indigeste aurait pu laisser place à une satire de la trempe de Full Metal Jacket ou Orange Mécanique.

Enfin, il est un réalisateur dont le nom est associé à deux films de cette nature : Sergio Leone. Le génie italien, une fois bouclée sa trilogie western spaghetti, désirait quitter le genre pour s’attaquer à son rêve de toujours : un film noir et urbain. Les producteurs, appâtés par la puissance commerciale du western inventé par Leone, arrivent quand même à lui faire accepter le deal : le maestro doit leur livrer un dernier opus, et son projet urbain sera ensuite financé rubis sur l’ongle. Leone accepte, et réalise son chef d’œuvre : en tuant le western à la fois dans son film (l’arrivée du rail et la fin de la vie sauvage) et dans la perspective artistique (le film constitue le chant du cygne du genre), Il était une fois dans l’Ouest marque les esprits à jamais. Leone remplit son contrat, et obtient le financement d’Il était une fois en Amérique. Leone signe un autre succès avec cette saga portée par De Niro, mais n’aura malheureusement pas le temps de finaliser son tout dernier projet : le siège de Stalingrad par les armées nazies.

Projet réouvert des années plus tard par Jean-Jacques Annaud…

Catégories : cinéma

Une définition positive du nationalisme

Jeudi 27 décembre 2007 · Laisser un commentaire

De Gaulle a dit :

«Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres. »

Cet adage traduit en réalité un sentiment assez répandu en France. Quelques notions de philosophie politique suffisent généralement à définir le nationalisme comme la contraposée négative du patriotisme.

Définition un peu juste cependant lorsqu’on regarde le nationalisme avec une perspective plus longue que celle donnée par le Général. Un détail sémantique pour commencer : « nationalisme » ne convoie pas une signification péjorative dans le language ordinaire, simple signe que la qualification de ce terme est plus compliquée qu’il n’y paraît.

La Mère RussieEtymologiquement, le nationalisme désigne la doctrine défendant la prépondérance de l’idée de nation. Les nationalistes sont donc convaincus du bien fondé du droit de leur nation à exister, au sein des frontières sur lesquels ils s’accordent. Ce nationalisme peut certes être fondé sur de mauvais principes tels que la haine de l’étranger (et dans ce cas la nation est vu comme la réunion d’un peuple supérieur aux autres). C’est ce nationalisme, particulièrement prolifique au 20ème siècle, qui s’est accaparé le terme générique dans l’inconscient collectif occidental.

Le nationalisme peut cependant être fondé sur des valeurs essentiellement positives.

Gellner, sociologue et philosophe tchèque du 20ème siècle, définit le nationalisme d’une manière fort intéressante, en faisant dériver le fait national du fait industriel. Gellner partage la vision Kantienne de la société industrielle comme d’un monde cohérent et homogène, dans lequel tous les faits sociaux peuvent être mis en relation. Parfaitement comprise et interprétée, une telle société peut être constamment améliorée et doit être envisagée dans l’horizon du progrès. Cette constante amélioration passe nécessairement par une division précise du travail, où chacun peut se spécialiser à l’extrême pour faire progresser l’ensemble.

Pour résumer : une société industrielle doit sans cesse produire de nouvelles compétences pour continuer à avancer et ne pas perdre son équilibre « de croisière ». C’est là que Gellner fait le lien entre la nation et la société industrielle : la spécialisation indispensable à la perpétuation de la société n’est réalisable que par un système éducatif centralisé, coordonnée. La forme nationale l’a donc emporté car elle est la seule organisation politique capable de fournir le cadre d’une société industrielle !

Catégories : Politique
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